La retraite à 60 ans avec le maximum

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Vous êtes dans les starting-blocks sans avoir fait le plein de vos droits ? Vaut-il mieux racheter des trimestres ou souscrire un produit d’épargne retraite ? Nos conseils sur l’éternel débat entre la répartition et la capitalisation.

«Tout le monde part à 60 ans. Personne ne veut continuer !» Parole d’un conseiller retraite, aux prises chaque jour avec le flot des demandes de cessation d’activité… dès 60 ans. C’est semble-t-il devenu la priorité des quinquas. Mais dans quelles conditions financières ? Si vous avez le nombre de trimestres requis – 160 jusqu’en 2008 –, votre retraite sera calculée à taux plein. C’est-à-dire sur 50% de votre salaire moyen, limité au plafond de la Sécurité sociale dans le privé. A moins d’être profession libérale, vous toucherez aussi votre ou vos retraites complémentaires sans abattement. Mais si vous n’avez pas tous vos trimestres, que se passera-t-il ?Un départ à 60 ans est alors triplement pénalisant. Tout d’abord, votre retraite de base sera réduite à proportion du nombre de trimestres manquants. Exemple : Pierre, salarié, veut prendre sa retraite en 2008 à 60 ans, avec 148 trimestres. Sa pension sera calculée sur un ratio de 148 / 160. Ensuite, il subira la décote. Cette réduction du taux de liquidation est variable selon l’année de naissance. Notre homme touchera ainsi son salaire annuel moyen calculé sur ses 25 meilleures années multiplié par 38,75%, au lieu de 50% s’il avait tous ses trimestres, le tout multiplié par le ratio 148 / 160. Enfin, tout départ avant 65 ans sans le taux plein entraîne un abattement sur la ou les retraites complémentaires. A 60 ans, Pierre ne toucherait que 88% de celle-ci. Dissuasif…Pour limiter la casse, vous pouvez notamment racheter des trimestres ou investir sur un produit d’épargne retraite, en particulier un plan d’épargne retraite populaire (Perp). Bref, miser sur le système par répartition dans un cas, ou sur la capitalisation dans un autre. Quoi qu’il en soit, n’envisagez rien avant 50 ans (voir encadré). Voici ensuite trois étapes pour faire le bon choix.Avant 50 ans, pensez plutôt patrimoine. A tout âge, intéressez-vous à la retraite. Connaître la mécanique de notre système par répartition et ses règles du jeu pour liquider et calculer les pensions est bien le meilleur moyen de préparer sa retraite. Mais, avant 50 ans, arrêtez-vous là. Même si ces solutions sont possibles, oubliez le rachat de trimestres ou la souscription d’un Perp. Pourquoi ? Première raison, la visibilité est nulle. Plus la date de rachat est éloignée de celle de la liquidation de votre pension, plus vous prenez le risque d’importantes modifications. Quant au Perp, qui peut savoir ce que permettront d’acheter dans vingt ou trente ans 1 000 euros épargnés aujourd’hui ? Ne donnez pas crédit aux promesses de rente faites à plus de dix ans. Seconde raison, vous ignorez avant la cinquantaine de quel montant de revenus complémentaires vous pourriez avoir besoin en retraite. Il est plus qu’approximatif d’estimer sa pension à 30 ou 40 ans. A ces âges, privilégiez la constitution d’une cagnotte. Quitte à l’utiliser ensuite pour racheter des trimestres dans le futur. Il existe suffisamment d’enveloppes pour se constituer un capital sans tirer un trait sur sa disponibilité ou sa transmission. Tout l’inverse du rachat de trimestres ou de l’épargne retraite !

Comptez tous vos trimestres

Combien avez-vous acquis de trimestres ? Et combien estimez-vous en avoir à 60 ans ? Pour le savoir, un seul document : le relevé de situation individuelle. Demandez-le auprès de votre caisse de retraite. Les salariés du privé doivent s’adresser à leur caisse régionale d’assurance maladie ou à la Caisse nationale d’assurance vieillesse pour l’Ile-de-France. Votre total est à mettre en face de celui exigé pour obtenir le taux plein l’année de vos 60 ans : 160 trimestres jusqu’en 2008, 161 en 2009, 162 en 2010, 163 en 2011 et 164 en 2012. S’il vous en manque, passez à l’étape 2.

Examinez la piste du rachat de trimestres

Vous pouvez racheter jusqu’à 12 trimestres dans deux cas très précis. Au titre d’années incomplètes, c’est-à-dire celles pour lesquelles vous avez validé de 0 à 3 trimestres. Votre relevé de carrière vous indique les années concernées. Attention, celles non travaillées sont exclues de ce dispositif. Autre possibilité de rachat : les années d’études supérieures, sanctionnées par un diplôme, ou l’admission dans une grande école ou classe préparatoire.Si vous êtes concerné, il faut vous tourner vers le premier régime d’affiliation suivant la fin des études. Attention, seules les périodes entières de 90 jours sont converties en trimestres. De plus, il ne faut pas avoir été affilié à un régime de retraite pendant cette période.Le rachat est possible dans votre cas ? Se pose alors la question de son coût. Ouvrez grand votre porte-monnaie ! Comptez en effet de 2 500 à 5 500 euros le trimestre. En fait, le prix dépend de plusieurs facteurs. De votre âge au moment de la décision, tout d’abord. Plus vous êtes âgé, plus le trimestre coûte cher. De vos revenus d’activité des trois dernières années, ensuite : le tarif augmente avec eux, jusqu’au plafond de la Sécurité sociale. Soit 31 068 euros en 2006. Au-delà, c’est du pareil au même. Le coût dépendra aussi de l’option retenue. Soit vous rachetez des trimestres pour augmenter le taux de liquidation. Soit, en plus, pour augmenter votre nombre de trimestres rapporté à celui exigé dans le régime. C’est alors plus cher. Un bon point toutefois : le rachat est déductible à 100% du revenu imposable. L’économie, d’autant plus importante que vous avez une tranche marginale d’imposition élevée, diminue ainsi son coût net.Vous êtes intéressé ? Sur demande, votre caisse de retraite vous adressera un formulaire de «demande d’évaluation de versement pour la retraite». La Caisse nationale d’assurance vieillesse arrête le prix à ce moment-là. Vous aurez trois mois pour produire les justificatifs. Et votre caisse aura ensuite deux mois pour accepter ou refuser le dossier, son silence valant refus.

Évaluez et comparez la rentabilité du rachat

Avant de vous décider, mesurez d’abord l’impact du rachat sur votre retraite. Combien d’années allez-vous mettre pour retrouver votre investissement ? Attention ici à bien prendre en compte son impact sur les retraites complémentaires. En acceptant de prendre quelques hypothèses. Aujourd’hui, tout salarié ayant une retraite à taux plein au régime général ne subit aucun abattement sur les régimes complémentaires. Mais ce système est pérenne uniquement jusqu’au 31 décembre 2008 ! Sera-t-il reconduit ? Pour les professions libérales, hormis les avocats, pas de retraite complémentaire à taux plein avant 65 ans ! Chaque cas mérite en fait d’être étudié. Faire appel à un cabinet spécialisé sur le créneau du bilan retraite et de l’aide à la décision est alors très utile. Citons parmi eux France Retraite et Optimaretraite. Il faut aussi voir s’il n’est pas plus intéressant de placer cette somme sur un produit d’épargne retraite, aux cotisations déductibles du revenu imposable, pour obtenir une rente viagère. Sur un Perp, par exemple. Pour un départ à 60 ans, la réponse va souvent être négative (voir exemples). L’effet du rachat de trimestres est en effet supérieur, compte tenu de son impact sur les retraites complémentaires, dès lors qu’il vous permet d’obtenir le taux plein sur le régime général. Il faut aussi tenir compte des droits de réversion inclus dans le rachat, en cas de décès. Alors que si la réversion est aussi accessible dans le cadre du Perp, elle diminue fortement le montant de la rente versée. Sans oublier que les possibilités de déduction fiscale sont aussi moins importantes sur le Perp. La répartition mettrait donc KO la capitalisation ? N’allez pas si vite en besogne ! Oubliez notamment le rachat de trimestres si vous restez – après rachat – sous les 140 trimestres. L’opération n’aurait aucun impact sur le taux de liquidation de votre pension. Sachez aussi que les années où vous effectuez des rachats sont exclues dans le calcul du salaire annuel moyen. Et que le rachat n’est pas pris en compte dans le calcul de la pension s’il n’a pas effectivement été payé à la date d’effet de la retraite. Alors que, pour un Perp, vous êtes libre d’opter pour la rente plusieurs années après la retraite. L’intérêt ? Percevoir une rente d’un montant plus élevé. Vous serez libre aussi d’investir sur des supports risqués pour, en cas de bonne tenue des marchés boursiers, obtenir plus de revenus. Et, surtout, vous pouvez souscrire ce produit d’épargne sans aucune condition…

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